LA VIEILLE ALLIANCE FRANCE -
ECOSSE A 700 ANS
Texte du
TRAITE DU 23 OCTOBRE 1295
ENTRE PHILIPPE LE BEL ROI DE
FRANCE ET JOHN BALLIOL ROI D'ECOSSE
(Traduction abrégée de Michel
Duchein)
(L'original, conservé aux Archives
Nationales de France sous la cote J 677 n° 1, est en latin)
Philippe, par la grâce de
Dieu Roi de France, à tous ceux qui verront ces lettres, salut.
Parmi tous les moyens qui existent pour conforter la gloire
des rois et des royaumes et pour leur procurer les bienfaits de la paix et de
la tranquillité ainsi que la prospérité de leur Etat, celui qui, après mure
considération, parait être le plus efficace est de conclure entre rois et
royaumes des traités d'alliance garantissant leur amitié fidèle et leur union
solide.
Aussi, pour remédier aux injures et aux violences injustifiées
des méchants, comme pour repousser les attaques qui sont lancées contre eux au
mépris de la justice, les rois et les ,princes ne peuvent-ils mieux faire que
de s'unir par une amitié sincère, grâce à laquelle ils s'entraident dans la
prospérité comme dans l'adversité, afin de réprimer les entreprises de ceux qui
haïssent la paix et de procurer la douceur de la concorde (... ).
C'est pourquoi l'illustre prince Jean, roi d'Écosse, notre
spécial ami, soucieux avec prudence de l'utilité et des besoins de son royaume,
nous a envoyé les vénérables pères Guillaume, évêque de Saint Andrews, et
Mathieu, évêque de Dunkeld, ainsi que les chevaliers Jean de Soule et Ingelram
d'Umfranville, comme ses ambassadeurs et procureurs, avec pleins pouvoirs pour
le représenter, comme il apparaît plus au long dans les lettres de mission qui
leur ont été délivrées sous le sceau dudit Roi et dont la teneur est jointe aux
présentes, afin de conclure avec nous un traité formel de confédération et
d'amitié.
Donc nous, approuvant pleinement ce souhait louable dudit
roi, et partageant son désir de voir notre amitié et confédération étroitement
nouée pour l'avenir sous les meilleurs auspices, avons convenu et accordé (avec
le plein accord de notre cher frère et fidèle Charles, comte de Valois et
d'Anjou), que le prince Edouard, fils aîné dudit roi d'Écosse et son héritier,
épousera Jeanne, fille aînée de notre dit frère Charles. (... ).
De même ledit roi d'Ecosse, en prince juste et pacifique, mû
par sa sincère amitié pour nous, notre royaume et notre peuple, considérant les
graves injures, énormes excès, attaques injustifiées et agressions iniques que
le roi d'Angleterre, en violation de son serment de fidélité, commet chaque
jour contre nous et nos sujets (... ), promet expressément que, dans la
présente guerre que nous menons contre ledit roi d'Angleterre et ses complices,
tant le roi d'Allemagne que les autres, il mettra à notre disposition, et à
celle de nos successeurs si cette guerre se prolonge jusqu'à leur règne, toutes
les forces de son royaume, tant de terre que de mer, afin de nous aider
ouvertement et publiquement en Angleterre (... ).
En outre, afin de mieux réprimer les injures dudit roi
d'Angleterre et de le contraindre à cesser ses attaques contre nous, ledit roi
d'Ecosse s'engage à nous envoyer de l'aide, dans toute la mesure de ses moyens
et à ses propres frais (...).
Lesdits procureurs du roi d'Ecosse, au nom de leur
souverain, promettent que ce présent traité sera ratifié et accepté par les
prélats, comtes, barons et autres nobles et villes du royaume d'Ecosse, qui
s'engageront à nous aider dans notre guerre contre le roi d'Angleterre, comme
il est dit ci-dessus, et que lesdits prélats, comtes, barons, nobles et villes
notables d'Ecosse nous enverront leur accord par lettres munies de leurs sceaux
le plus tôt possible.
En contrepartie, si le roi d'Angleterre s'avisait d'envahir
le royaume d'Ecosse, personnellement ou par d'autres sur son ordre, après la
fin de la présente guerre qu'il mène contre nous, nous apporterions notre aide
au roi d'Ecosse, soit en tenant le roi d'Angleterre occupé par ailleurs, soir
en envoyant des secours directement en Ecosse à nos frais.
Si enfin le roi d'Angleterre venait à quitter
personnellement son royaume (pour envahir le notre), le roi d'Ecosse s'engage à
entrer à son tour en Angleterre, le plus loin possible, et à y mener la guerre
par tous les moyens, batailles, sièges, dévastations, le tout à ses propres
frais.
Il a été convenu, par accord exprès entre nous et lesdits
procureurs du roi d'Ecosse, que si une guerre advient entre ledit roi d'Ecosse
et le roi d'Angleterre (comme suite au présent traité), nous ne conclurons avec
le roi d'Angleterre aucune paix ou trêve sans l'accord du roi d'Ecosse notre
allié, et que lui-même, de son côté, ne conclura aucune paix ou trêve avec le
roi d'Angleterre sans notre accord et sans que nous y soyons compris (...).
Fait à Paris, le 23 du mois d'octobre, l'an du Seigneur 1295.