ASSOCIATION FRANCO-ECOSSAISE
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L'AUTONOMIE ECOSSAISE

 

 

Bonnie Prince Charlie

Ayant conquis son indépendance face à l'Angleterre par la force des armes au Moyen-Age (bataille de Bannockburn en 1314), l'Ecosse a constitué un Royaume à part entière jusqu'au XVIIIe siècle. En 1603, Jacques VI d'Ecosse est appelé à monter sur le trône d'Angleterre, mais les deux pays conservent des institutions distinctes. En 1707, la crainte d'un retour au pouvoir de la dynastie des Stuarts par le biais de l'Ecosse incite la reine Anne et ses conseillers, la plupart anglais, à virtuellement imposer aux Ecossais une Union des Parlements. Après un long débat (3 octobre 1706-16 janvier 1707), relativement libre et, en tout cas, contradictoire, le parlement écossais vote sa propre dissolution par 109 voix contre 69. L'Ecosse conserve toutefois ses institutions juridiques particulières, son Eglise nationale presbytérienne (The Kirk), ainsi que le système d'enseignement existant qui dépend largement de l'Eglise.

 

Plusieurs insurrections des "Jacobites" (partisans des Stuarts), appuyées par la France, ayant été écrasées (1715 puis 1745 à la bataille de Culloden), l'Ecosse demeure partie intégrante du Royaume-Uni et prend une part très active à l'expansion coloniale et industrielle britannique. D'où une certaine acceptation, chez les Ecossais, de leur statut politique. L'Ecosse devient North Britain. Le sentiment d'appartenance à une nation différente de l'Angleterre reste vif. En fait, beaucoup d'Ecossais sont, selon la formule de Walter Scott, "nationalistes de coeur mais unioniste de raison".

 

Un certain nationalisme, mêlé de pacifisme, renaît dès les années trente du 20e siècle, avec la crise économique et les menaces de guerre mais il prend une tournure plus politique à partir des années soixante et soixante-dix avec la percée électorale du Parti National Ecossais (SNP). Un premier projet d'autonomie (devolution en anglais) est proposé en 1979 par le gouvernement travailliste de James Callaghan (Scotland Act 1978). En dépit d'une courte majorité de Oui (51,6% des votants) au référendum consultatif du 1er mars 1979, le projet n'est pas considéré comme approuvé. En effet, les adversaires de la dévolution au Parlement ont fait voter un amendement prévoyant que la loi ne serait définitivement approuvée que si 40% des électeurs inscrits votaient Oui ; or , en raison d'une assez forte abstention (36,4%), le Oui n'a atteint que 32,9% des inscrits. Le gouvernement Thatcher, arrivé au pouvoir peu après (le 3 mai) n'hésite pas à faire voter l'abandon du projet, bien que la chambre des Communes nouvellement élue compte une majorité de députés écossais officiellement favorables à la dévolution (44 travaillistes, 2 nationalistes, 3 libéraux sur 7). Suivent 18 ans de gouvernement conservateur à Londres (Thatcher : 1979-1990 ; Major : 1990-1997) pendant lesquels la population écossaise a l'impression croissante d'être gouvernée par un parti peu représentatif de sa volonté propre : de 22 en 1979, les députés écossais conservateurs passent à 21 en 1983, 10 en 1987, 11 en 1992. Il est vrai que la politique économique menée à Londres est particulièrement défavorable à l'Ecosse, provoquant la fermeture de nombreuses activités industrielles : aciérie, métallurgie lourde, chantiers navals. L'hostilité au parti conservateur est telle qu'aux élections générales de mai 1997 une véritable campagne est menée contre lui, tendant à faire de l'Ecosse une "Tory-free zone", une zone sans Tory (vieux terme légèrement péjoratif pour conservateur). Cette campagne réussit au delà de toute espérance puisque tous les sortants conservateurs sont battus. Cette hostilité va continuer jusqu'à nos jours, les conservateurs n'obtenant aucun élu en 2001, un seul en 2005 et un seul encore en 2010. Il faut dire que le système électoral pour la chambre des Communes leur est particulièrement défavorable en Ecosse.

 

Quand les travaillistes arrivent au pouvoir en 1997, la question de la dévolution écossaise (et galloise) figure en bonne place dans le programme du nouveau gouvernement. Celui-ci présente un nouveau projet de dévolution, largement inspiré des travaux de la "convention" écossaise, sorte de constituante informelle, qui rassemble depuis quelques années les forces favorables à la dévolution, si bien que le nouveau projet n'apparaîtra pas comme "octroyé" par Londres comme la loi de 1978 ; en outre, Tony Blair préfère en soumettre les grandes lignes à la population écossaise avant de faire voter une loi détaillée par le Parlement de Londres. C'est l'objet du référendum de septembre 1997. La proposition de créer un parlement propre à l'Ecosse est massivement approuvée par l'électorat écossais qui vote Oui à 74,3%. Une seconde question portant sur l'attribution au futur parlement de pouvoirs limités dans le domaine fiscal, reçoit l'assentiment de 63,5% des suffrages exprimés. On peut donc dire que l'Ecosse a pris en main son destin. Fort de ce résultat, le gouvernement de Londres fait voter la nouvelle loi de dévolution (Scotland Act 1998) sans coup férir et les premières élections au nouveau parlement d'Ecosse se déroulent le 6 mai 1999, les députés prêtant serment une semaine plus tard.

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